Église Saint-Maur de Courmelois

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L'église de Courmelois est consacrée à Saint Maur, prêtre martyrisé au 4ème siècle avant Jésus Christ par les Romains à Buxitus, c'est-à-dire sur l'actuel fort de la Pompelle. Une fête lui est dédiée le 23 Août.

Les premiers écrits relatant l'existence de l'église datent du 12ème siècle. A cette période, il s'agissait vraisemblablement d'une nef orientée située à l'emplacement de la nef actuelle. L'église est une ancienne possession de l'abbaye de Saint Basle, à Verzy. Dans le souci de diminuer le nombre trop important de communes, et du fait de leur petite taille, les villages de Courmelois, Wez et Thuisy ont « fusionné » en une seule commune suite à l’arrêté du 15 septembre 1965, pour devenir Val-de-Vesle. Il semble qu'il n’y ait plus de culte à Saint Maur suite à cet événement, l'église de Wez ayant été choisie comme église communale de Val-de-Vesle.

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Le 5 janvier 1920, Saint Maur est classée Monument Historique, à la demande de l'architecte des Monuments Historiques, Monsieur Ventre , surtout en raison de l'intérêt du transept et de l'abside, qui sont restés intacts. Il s'exprime en ces termes : « les proportions du chœur, composé d'arcatures pour les parties basses, de fenêtres à colonnettes et d'oculi éclairant les voûtes, donnent un aspect particulièrement intéressant et font de cette église l'une des mieux composées et des plus caractéristiques de la région ». Le classement engendre la nécessité d'entretenir régulièrement l'église, et la protège de la démolition.

En 1922 cependant la commune demande le déclassement partiel de l'église, vraisemblablement en raison des coûts trop importants de reconstruction qu'engendre le classement. La nef est considérée comme « moderne et dénuée d'intérêt ». Cette demande est acceptée, et seuls le chœur, le transept et le clocher demeurent classés.

Une église romane en Champagne

 

Saint Maur fait partie de 66 églises construites entièrement ou en partie dans le style roman, dont la caractéristique majeure est l'arc en plein cintre. Celles-ci ont de nombreux points communs au niveau du plan, de l'élévation et de la décoration , si bien qu'il est possible qu'une école romane champenoise ait existé.

 

Les parties romanes de l'édifice visibles aujourd'hui sont la croisée du transept et la tour carrée qui la surmonte. Ces éléments datent du 12ème siècle. La Marne subit dès le 12ème siècle une forte influence du gothique, et l'église sera achevé en style gothique. En fait, la situation géographique de l'église de Courmelois a beaucoup influencé son histoire. Le diocèse de Reims étant très étendu, il se situe aux confins de la région parisienne et des Pays d'Empire, respectivement caractérisés par le style gothique et le style roman.

 

Comme dans les édifices de style roman, on trouve une décoration relativement sobre, essentiellement située sur les chapiteaux, et constituée ici de figures humaines entrelacées et/ou de végétaux.

 

Les corniches des murs sont aussi un endroit où se réfugient les décors sculptés. Les corniches à modillons simples sont fréquentes et se retrouvent ici dans l'abside, entre les arcatures aveugles du mur et les fenêtres. Le style roman en Champagne présente des portails quasiment dépourvus de décorations, comme c’est le cas ici, alors qu'ils sont richement ornés dans la plupart des églises romanes dans les autres régions françaises.

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Une construction élégante

 

L'église de Courmelois se compose d'une nef à 3 travées dépourvue de bas-côtés, bien qu'ils aient existé. Les traces sont encore visibles à l'extérieur comme à l'intérieur de l'église, sur le bras du transept situé au nord. Cette nef ainsi que la façade ont été reconstruites après la Première Guerre Mondiale, car elles avaient été quasiment détruites. Avant la guerre, la nef n'était pas voûtée, mais elle était surmontée d'un plancher en bois. Un vestibule en bois couvrait l'escalier qui permettait d'y accéder, et le sol était plus haut de 50 centimètres. Cette partie de l'église, relativement moderne, a été réalisée dans un style sobre qui s’intègre avec le reste de l'édifice mais dont l'aspect récent est bien visible.

 

Le transept date du 12ème siècle. La croisée repose sur quatre gros piliers avec des chapiteaux à feuilles lancéolées, et au-dessus se dresse une tour carrée coiffée d'une couverture pyramidale. On trouve dans le bras sud du transept un carrelage à fleurs de lys, datant probablement d'avant la révolution. Dans le transept nord, on trouve un tableau représentant une vierge à l'enfant accompagnée de Sainte Anne, sa mère.

 

L'abside est un peu plus tardive et date du 13ème siècle. Les voûtes ont été remaniées, comme celles du transept, au 16ème siècle. Celle de l'abside présente une clé pendante avec un christ sculpté.

Constitué de 7 pans, l'abside est largement éclairée par une claire-voie de 11 fenêtres ogivales, surmontées d'oculi. Au-dessus de ces fenêtres se trouve un cordon à décoration végétale, et une arcature aveugle qui habille et rythme le mur. On y trouve des traces de polychromie ocres et rouges datant du 14ème et 16ème siècle. Au centre, on trouve Saint Maur, à sa gauche Saint Éloi, et à sa droite, Saint Jean-Baptiste. La deuxième statue à sa droite, dont la tête a été cassée, est celle de Saint Basle, patron de la doyenneté de Vesle. En face de celle-ci, on trouve Saint Médard. La signification des chapiteaux est parfois difficile à élucider. On reconnaît sans problème le chapiteau situé en bas à gauche de la statue de Saint Maur : Adam et Eve croquant la pomme. Pour les autres, les motifs végétaux et aquatiques sont présents, du fait de l'environnement marécageux de l'église, mais on peut également supposer que d'autres scènes de la bible y soient représentées.

 

Sur les murs extérieurs, plus particulièrement sur le chevet, on peut voir des inscriptions, comme des dates ou des noms gravés dans la pierre. Elles permettaient de se recueillir sur la tombe d'un défunt : en effet, jusqu'au 19ème siècle, les tombes des gens du « peuple » n'étaient pas délimitées et ne comportaient ni croix ni monument.

 

On cherchait toujours à se faire enterrer le plus près possible du chœur, ce qui dépendait de la situation sociale du défunt. On trouve d'autres inscriptions commémoratives, comme celle laissée par les soldats du 154ème régiment de l'Infanterie lors d'un passage à Courmelois pendant la guerre.

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Une actrice importante dans l’histoire de Saint Maur : Madame Danré de Loupeigne

 

L'église Saint Maur a bénéficié, vers 1840, du soutien de Madame Antoinette Marie Marguerite Danré de Loupeigne, veuve de Monsieur Clude Félix Deu de Vieux-Dampierre. Pour redonner du lustre à l’église, et peut-être aussi y laisser son empreinte, comme le montre la plaque de marbre située dans le bras sud du transept, la châtelaine va investir des sommes considérables. Cependant, elle ne demande pas l'avis de l'architecte des Monuments Historiques de l'époque, Monsieur Brunette. Celui-ci écrira d'ailleurs, en 1845, que « l'église ressemble à un magasin industriel et que la cage de l'horloge est un pigeonnier ». L'affaire n'aura cependant pas de suite et aucune démarche ne sera intentée à l'encontre de Madame Danré de Loupeigne.

 

Parmi les fruits les plus remarquables de ce mécénat, on peut citer :

* le dallage de l'abside et le carrelage de la nef

* la construction d'une sacristie sur la partie droite de l'abside, aujourd'hui disparue

* l'agrandissement des croisées de la nef que l'on a dotées de vitraux blancs bordés de couleur

* l'ajout de deux cloches dans la tour

* l’installation d'un autel de style baroque

 

Malheureusement, certains de ces éléments ne sont plus présents actuellement.

Les modifications successives subies par l'église Saint Maur au cours des siècles n'ont jamais altéré son élégance et le dynamisme de ses lignes. Ses dimensions à l’échelle humaine lui confèrent tout son charme.

Si le culte n'y est plus célébré, elle a pu accueillir d'autres manifestations, notamment des expositions diverses. En 1986, les artistes et plasticiens regroupés au sein de l'association SILO investissent les lieux afin d'y exposer leurs créations.

 

 

  Amandine Gandon, Laon, 2001.